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Alefa! Ou vivre l’esprit d’aventure à Madagascar

Ce qui est le plus frappant de Madagascar, mis à part l’incroyable beauté des ses paysages, c’est la gentillesse et la chaleur de ses habitants. En trois semaines, un groupe de douze inconnus venus du monde entier ont eu la chance de relever un défi unique : traverser l’île de Madagascar à pied d’ouest en est, tout en atteignant le plus haut sommet de l’île, le Mont Maromokotro. Au cours de ce trek de près de 400 kilomètres, chaque individu est devenu le rare témoin de ce que ce magnifique pays a à offrir.

Notre aventure a commencé dans la capitale du pays, Antananarivo. Autour de quelques pintes de bière, les étrangers sont rapidement devenus amis et ont pu en apprendre un peu plus sur leurs nouveaux «partenaires de vie» pour les 20 prochains jours. D’aventuriers débutants à randonneurs aguerris, notre nouvelle famille était riche en expériences et en origines diverses, ce qui promettait de rendre l’aventure encore plus unique!

Équipés de cartes topographiques de l’Armée française datant de 1962, nous avons amorcé notre voyage sur les plages désertes de Sambava, notre point de départ officiel sur la côte ouest. De là, quatre à cinq jours de marche attendaient le groupe avec, en moyenne, 25 kilomètres par jour à franchir. Ce qui a rendu le début de l’aventure si agréable, malgré le temps chaud et humide, le lourd sac à dos et les habituels troubles de l’estomac, c’est le peuple de Madagascar. Nous avons traversé de nombreux villages au fil des premiers jours et à chaque arrêt, nous avons été accueillis par des Malgaches charmants, souriants et intrigués. Ils nous appelaient les fantômes blancs, ou «Vaza » en malgache. Des enfants à la douzaine couraient autour de nous, en riant et en criant avec enthousiasme à la vue des étrangers : «Vaza! Vaza! Vaza!». Comme nous le faisons habituellement lors des premiers jours, nous campions sur le terrain de football du village. Notre arrivée créait à chaque fois une certaine commotion et attirait une foule de villageois intrigués qui nous contemplaient silencieusement, souvent jusqu’à la tombée du jour.

Puis, vint la jungle. Nous avions tous très hâte de vivre cette expérience et comme nous l’avons vécue! La jungle est dense, inamicale, rocheuse, glissante, humide et pleine de sangsues. Pour couronner le tout, il n’y pas âme qui vive. Et nous avons adoré! Comment peut-on apprécier une expérience aussi inconfortable, vous demanderez-vous? Principalement parce que c’est comme nulle part ailleurs sur terre. La jungle est si dense que l’on pouvait à peine couvrir cinq kilomètres en près de dix heures de travail acharné. Je dis « travail » puisque le trekking dans la jungle de Madagascar ne peut être décrit par le mot « marche ». Manier la hache, grimper, glisser, être giflé et souffrir seraient des termes plus appropriés!

C’est dans ce contexte que l’on réalise à quel point on est loin de tout, à quel point notre survie et le succès de l’expédition dépendent de la cohésion du groupe. Chaque individu doit trouver la force intérieure pour aider l’équipe à continuer à avancer. Il n’y a aucun moyen de communication avec l’extérieur : pas de téléphone, pas de Facebook, pas de messages à vos amis et à votre famille. C’est vous et vos coéquipiers, un point c’est tout.

Après une lutte acharnée à travers la jungle malgache, nous en sommes finalement sortis. Points de vue, paysages, brise fraîche, sécheresse relative et lumière étaient de retour dans nos vies, pour être ultimement remplacés par des montées et des descentes plus abruptes les unes que les autres. Notre prochain objectif consistait à gravir le mont Maromokotro, le plus haut sommet de Madagascar, niché à près de 2876 mètres d’altitude. On imagine l’ascension d’une telle montagne, à partir du niveau de la mer, comme une montée relativement régulière vers le sommet. Or, disons que la montée est loin d’être linéaire. C’est précisément à ce moment que nous avons commencé à réellement apprécier la signification de «Alefa! », le mot malgache pour « Allons-y! ». Être un groupe de douze étrangers avec 19 guides et porteurs vous rend plus lent, mais nous avions un objectif et un temps limité pour le réaliser. Ainsi, nos guides ont quotidiennement fouetté les troupes à coups de « Alllleeeeffffaaaa! » bien sentis. Tellement que nous sommes nous-mêmes devenus friands de l’expression, parfaite pour remettre le groupe en mouvement. Finalement, malgré un épais brouillard, nous avons réussi à atteindre le sommet Maromokotro. Whisky, cigares et chocolat nous ont permis de fêter dignement notre accomplissement. Selon la tradition malgache, nos guides ont aussi pu célébrer en relâchant un poulet comme offrande aux dieux de la montagne. C’est notre chef d’expédition, Lev, qui se verra attribuer le rôle d’offrir la précieuse volaille aux divinités Maromokotro.

Descendre du sommet est souvent plus difficile que d’y arriver. Avec le brouillard à son apogée, il nous fut très difficile de localiser le camp de base. Heureusement, après quelques heures de recherche, nous avons réussi à l’atteindre, à moins de trente minutes seulement du coucher du soleil. Un état de plénitude et de très grande satisfaction nous submergera.

Le moral était bon, nous entamions alors la dernière portion de notre voyage. Après avoir réussi à rejoindre le plus haut sommet de Madagascar, la côte est était toujours atteignable dans les délais fixés. Nous espérions une descente en douceur vers la plage, mais nos rêves ont vite été brisés et une marche ardue s’en est suivie. Les derniers jours furent composés d’innombrables montées, descentes, traversées de rivières, et de marche sur des terrains escarpés. Mais n’est-ce pas pour vivre une expérience hors du commun que l’on s’embarque dans ce genre d’aventure? Un véritable défi physique et mental du début à la fin; une aventure qu’on oubliera jamais. Comme pour nous féliciter de notre persévérance, nous avons finalement eu la chance d’apercevoir quelques lémurs se balançant d’arbre en arbre. Un spectacle extraordinaire, en considérant que cet animal est gravement menacé par  la déforestation qui sévit à Madagascar.

Ultimement, nous accusions un jour de retard sur notre horaire pour atteindre la côte est dans les délais fixés. Quatre membres de l’équipe décideront alors de tenter le tout pour le tout et de franchir plus de 90 kilomètres en une seule journée de marche. L’équipe s’est réveillée à deux heures du matin et a aussitôt entamé son chemin de croix. Il aura fallu plus de douze heures pour atteindre la ville d’Ambanja, la première ville que nous apercevions en près de trois semaines! Ravis, nous avons mangé le repas le plus satisfaisant dont je me souvienne et nous nous sommes gavés de boissons gazeuses et de sucre avant d’amorcer les 25 kilomètres nous séparant du port d’Ankify. Au total, il nous aura fallu 18 heures pour franchir les 93 kilomètres restants. Nous étions meurtris, mais surtout, nous étions incroyablement heureux.

Les objectifs ont été atteints : rejoindre le plus haut sommet de Madagascar et traverser la quatrième plus grande île du monde d’ouest en est à pied.

Madagascar est l’un des rares pays où voyager demeure une expérience radicalement différente. La nourriture, les odeurs, les coutumes, l’organisation désorganisée, les négociations constantes et l’ingéniosité incroyable de ses habitants. Avez-vous déjà pensé utiliser une banane verte pour réparer un radiateur qui fuit? Pourquoi ne pas utiliser un récipient d’huile à cuisson à titre de réservoir d’essence pour votre voiture? J’adore aller dans ces endroits, car on n’y a littéralement aucun repère.

En guise de conclusion, voici quelques conseils pour les futurs randonneurs à Madagascar :

  • Lorsque vous questionnez un Malgache, tout est à cinq minutes ou à un kilomètre de distance, mais ce n’est pas le cas. Les Malgaches ont une conception différente du temps et de la distance.
  • Oui, il y aura des traversées de rivières. Mouillez vos bottes et continuez à avancer!
  • Oui, il y aura des hauts et des bas. Madagascar n’est pas plat.
  • Si vous pensez que demain sera plus facile que la veille, cela n’arrivera pas.
  • Non, les cartes de l’Armée française des années 1960 ne sont pas exactes.
  • Vous pensez que vous êtes en bonne forme physique? Vous ne l’êtes pas, les porteurs le sont. Ils n’ont pas besoin de chaussures, de vêtements chauds ou de sommeil et pourtant, ils demeureront plus rapides que vous.
  • N’achetez pas de bottes de gore-tex, elles ne sécheront jamais. Surtout pas en pleine jungle humide.
  • Alefa!

Cette expédition a été organisée par Secret Compass. Secret Compass est à la tête d’expéditions uniques et exploratoires dans les endroits les plus reclus et éloignés du monde. Fondée par deux anciens officiers du régiment parachutiste de l’armée britannique, l’entreprise offre l’opportunité aux esprits aventureux et indépendants de découvrir ces endroits sauvages et inexplorés. www.secretcompass.com

Xavier Aubut

 

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15 commentaires

  • Commenter
    Michèle Thériault
    18 janvier 2013 à 02 h 10

    Quelle intéressante aventure! Mais forcément je me demande : aurais-je été capable? Que d’efforts physiques! Je sais, le tout est compensé par la joie et la fierté d’avoir vécu une expérience incroyable… mais quand même, il faut le faire. Bravo!

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    Xavier Aubut
    18 janvier 2013 à 02 h 24

    Bonjour Michèle – merci de vos bons commentaires ! Et super beau blog en passant !
    Il est évident qu’un bon niveau de forme est requis pour ce genre d’aventure. Il faut également être prêt à vivre l’inconfort durant une période prolongée 😉 Mais comme vous le dîtes si bien – ça vaut réellement le coup quand on pense à toutes ces expériences uniques et incroyables que l’on vit durant ce genre d’aventure ! Bref, on y retourne en mai 2013 si ça vous dit 😉 12 jours de marches et 6 jours de rafting d’est en ouest cette fois-ci !

    http://www.secretcompass.com/expeditions-2012/madagascar/

    Au plaisir !

    Xavier

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    Christophe (Voyage Sur Le Fil)
    18 janvier 2013 à 03 h 50

    Salut,
    Belle expédition, ça me donne tellement envie!
    C’est vrai que les Malgaches sont vraiment très sympathiques. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai adoré ce pays !

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      Jennifer
      19 janvier 2013 à 04 h 39

      Combien de temps y es-tu resté?

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        xavier
        19 janvier 2013 à 05 h 06

        3 semaines !

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        xavier
        19 janvier 2013 à 05 h 29

        en fait la question n’était peut-être pas pour moi 😉 !

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        Christophe (Voyage Sur Le Fil)
        20 janvier 2013 à 03 h 13

        J’y suis resté, 3 semaines, il y a quelques années. J’ai fait le grand classique en descendant la Nationale 7 de Tana a Tuléar.
        (Dans un article récent je parle brièvement d’un petit coin de paradi que j’y ai trouvé 😉 )

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    Nath'
    27 janvier 2013 à 07 h 49

    Bonjour,
    Quelle expérience magique vous avez dû vivre ! Je vous rejoins sur la gentillesse des malgaches : je suis partie 2 fois à Mada et c’est un pays extraordinaire, encore préservée du tourisme de masse, où la Nature est extraordinaire…
    Mission à vocation solidaire, reportage sur la filière de la vanille, île aux Nattes, archipel de Nosy Hara, village de Sarodrano, orphelinat de Fianarantsoa… autant de souvenirs incroyables !

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      Jennifer
      29 janvier 2013 à 06 h 13

      Ça me donne vraiment envie d’aller y faire un tour!

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    Jean
    30 novembre 2013 à 08 h 30

    Oui les Malgaches ont une conception différente du temps et de la distance. C’est pour ça qu’on appelle Madagascar le pays du « Mora mora » qui veut dire à la fois « facile » et « lentement » 🙂

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      Jennifer Doré Dallas
      1 décembre 2013 à 07 h 00

      Ah, je ne savais pas! 🙂

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      xavier
      2 décembre 2013 à 03 h 53

      Oui ! Je me souviens très bien de cette expression – Beau flashback !

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