St. Gallen de nuit - Maja_x1 sur Flickr
4

Striptease en Suisse

Entre deux ateliers et conférences en sol européen, je me déplace en stop. Je me rendais ce matin-là à Sankt-Gallen en Suisse rejoindre mes collègues de l’équipe de sécurité du site d’hospitalité CouchSurfing. Partie de Weimar immédiatement après une conférence, j’avais obtenu un trajet direct vers Zurich en moins de trois minutes : un de ces coups de chance extraordinaires.

La chance avait tourné à l’aire de Winterthur et après une bonne heure d’attente, je perdais lentement espoir de rejoindre mes pairs avant le lendemain. Ironie du sort, avoir été prise en stop si rapidement et si directement et demeurer coincée à 80 km du but! Je me préparais mentalement à avertir mes collègues et à camper dans le boisé bordant l’aire d’autoroute.

St. Gallen de nuit - Maja_x1 sur Flickr

St. Gallen de nuit – Maja_x1 sur Flickr

 

L’une de ces voitures luxueuses s’arrêta enfin. Par la fenêtre de la rutilante BMW noire, une femme mince et frêle s’inquiétait vraisemblablement pour moi. Elle me fit monter en me promettant de m’amener à destination, à condition que je ne sois pas pressée. « Tu y seras ce soir », m’assura-t-elle.

C’était parfait.

S’ensuivit le rituel classique des « d’où viens-tu? » et « où vas-tu? », des « t’as quel âge? » et « que fais-tu? ». Le sujet dériva naturellement vers CouchSurfing. « Je connais, mais je pense que c’est glauque. J’ai essayé une fois, à travers Facebook, mais c’était glauque, l’homme était très protecteur et jaloux. » Peut-être ne parlions-nous pas de la même chose, du concept seulement, mais elle n’avait pas confiance.

Je m’interrogeais sur ma conductrice, si inconfortable à l’idée de dormir chez des inconnus, mais pourtant prête à me prendre dans sa voiture. Elle était originaire de Serbie, que sa famille avait quittée pendant la guerre pour se réfugier en Suisse. Elle avait appris l’allemand, mais son anglais était trop limité pour que nous puissions communiquer dans cette langue. Je ne comprenais pas tout ce qu’elle me disait.

« Je travaille dans le transport, mais je suis aussi une artiste de performance. C’est pour cela que je dois m’arrêter sur le chemin, une petite demi-heure, et ensuite à un autre endroit, sans doute le même temps. J’espère que ça ne te pose pas problème. Je te promets de t’amener à destination ce soir. Tu peux venir avec moi ou attendre dans la voiture et te reposer. »

Elle parlait avec beaucoup d’assurance. Frêle, mais pas faible.

En voiture, il faut trouver l’équilibre entre parler de soi et écouter l’autre. J’avais envie d’en savoir plus.

– « Dans le transport? La logistique?

– Non, en fait, je conduis des camions.

– Wow! C’est vraiment très bien… C’est rare! Et… artiste de performance? Tu danses?

– En fait, c’est un peu plus compliqué que ça, c’est un petit spectacle… »

Je ne comprenais pas ses explications jusqu’à ce qu’elle dise : « …ein kleines Stripshow ».

Mes pupilles ont dû se dilater, mes paupières se sont crispées, mes lèvres ont dû se tendre. J’étais féministe, j’avais mes opinions et surtout, j’avais tout à apprendre de celle qui vivait une réalité si différente de la mienne.

« Stripshow?

– Oui, pour les anniversaires, les enterrements de vie de garçon, les événements privés. J’incarne un fantasme de sorcière, de Cruella, je les domine et les humilie un peu, et après je danse de façon un peu classique. Tu pourras venir avec moi et le regarder, si tu veux. »

Comic STRIPtease Burlesque Showcase at Antone's

Photo : DO512 sur Flickr

 

Je l’ai suivie. Assisté à ses deux spectacles. Elle était belle.

Vous auriez fait quoi à ma place?

 

Logo Globestoppeuse

Anick-Marie B.
www.globestoppeuse.com

 

Vous pourriez aussi aimer

  • mawoui
    26 octobre 2012 à 11 h 22

    J’aurais certainement fait de même, elle titille la curiosité cette femme 😉 Camionneuse ET Stripteaseuse ! Wow ! Quelle chance tu as eue !

    Deux réalités qui sont très tristement encore bien trop accablés de jugements !

    • Anick-Marie
      6 janvier 2014 à 08 h 52

      Quand je peux, je m’abreuve de ce genre d’expériences ! Un coup de fouet, de foudre et de force en même temps !

  • mawoui
    26 octobre 2012 à 11 h 26

    ** accablées

  • WE TRAVEL – Voyager en auto-stop ; Anick-Marie nous en parle !
    19 février 2015 à 08 h 42

    […] du tête-à-tête d’Anick-Marie avec un meurtrier (partie 1 | partie 2) ou encore avec cette stripteaseuse. De nature angoissée, j’aurais probablement eu quelques palpitations à sa place, mais je ne […]