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Profils de voyageurs – Anick-Marie, Globestoppeuse

Par les anecdotes et les photos qu’ils présentent, apprenez à connaître nos membres et collaborateurs tout en vous laissant inspirer pour vos prochaines aventures!

Cette fois, nous vous présentons Anick-Marie, du site La Globestoppeuse!

Quel est ton profil de voyageuse?

Je me définis poétiquement comme une vagabonde ou prosaïquement comme une voyageuse néo-nomade. Ces termes sont éloquents et flexibles, aussi m’est-il nécessaire de préciser le sens que je leur accorde…

La vagabonde est une personne qui a fait de l’itinérance un lifestyle, un mode de vie. Mes références personnelles, mes attaches ne sont pas liées au lieu, à une ville sinon à un pays. Je ne suis toutefois pas une sans-abri (homeless), je suis plutôt riche de plusieurs tanières où me réfugier auprès d’amis de par le monde (homeful).

Mon mode de voyage est généralement aventurier, n’ayant que peu de connaissances préalables sur une destination, et par le fait même peu d’a priori. Mes trajets ne sont pas définis longtemps à l’avance, mais se composent au fil des opportunités et des rencontres, en me laissant inspirer par l’air du temps. Mon budget de voyageuse est modeste, de l’ordre de 8 $ (5 €) ou moins par jour. Mes voyages ont bien souvent une composante de quête spirituelle ou du moins intellectuelle. C’est ainsi que mon âme, mon esprit et mon corps vagabondent, stimulés par l’abondance et la diversité du monde.

La néo-nomade en moi choisit d’être sur la route pour son développement personnel et professionnel. Elle reconnaît le savoir des autres membres de sa tribu au sens large et tente de s’en inspirer et d’en apprendre le plus possible : nomades traditionnels, technomades, gutter punks, pèlerins, camping-caristes, hippies en Westfalia, etc. Le voyage qu’elle privilégie est à une échelle humaine, lent et sobre, au niveau du sol afin de voir défiler les paysages et de rencontrer les gens. C’est aussi une aventure qui s’inscrit dans une démarche éthique et écologique où les milieux et les cultures visités sont observés, respectés, soutenus. La route offre une multitude infinie d’occasions de coapprentissage et j’essaie d’en saisir quelques-unes afin que mon nomadisme soit soutenable à long terme et sans cesse amélioré.

Mes méthodes incluent, mais ne se limitent pas à : l’auto-stop, le train-stop, le covoiturage, la marche, le vélo, l’hébergement chez l’habitant (spontané, couchsurfing ou contre travail – wwoofing, au pair, etc. ), la cohabitation entre voyageurs (colocations, communes, squats), les campings sauvages et urbains, le glanage urbain et en nature… Je m’intéresse aussi au bateau-stop, aux voyages en cargo et aux autres méthodes de voyage alternatif.

Vannes en Bretagne, France


De tous les pays que tu as visités, lequel as-tu préféré et pourquoi?

La Turquie m’a séduite par ses paradoxes, sa richesse culturelle et l’hospitalité et la chaleur que m’ont démontrées ses habitants. J’ai eu l’opportunité de travailler sur un guide culturel à l’époque où j’y vagabondais et je portais attention à tous les détails : la langue et ses sonorités, les oppositions entre Europe et Asie ou entre religion et nationalisme laïc qu’on y retrouve, le statut de héros donné au père de la nation, Mustafa Kemal Atatürk…

C’est dans les camions des routiers sillonnant le pays que j’ai savouré le plus la culture du peuple turc et des autres ethnies cohabitant dans ce pays. Fiers de leur contrée (Turkiye, güzelmı? Elle est belle, la Turquie, non?), ils ouvraient leur véhicule comme on ouvre les portes de sa maison à un membre de la famille, prenant soin de ne jamais me laisser avoir faim ni soif, avoir chaud ni froid. Ils choisissaient la musique qu’ils trouvaient la plus représentative de leur région natale ou m’installaient même parfois devant un documentaire sur la danse dans leur pays, au risque de se faire arrêter par la polis

La Turquie m’a donné un avant-goût de l’Asie Centrale qui ne me quitte plus.

Agora d’Izmir en Turquie

As-tu une ou plusieurs mésaventures de voyage à nous raconter?

Je suppose que j’en ai plusieurs! Je garde l’histoire de mon kidnapping en Allemagne pour mon blogue, il faudra alors le suivre! 🙂

En Turquie justement, j’ai dû sortir de deux véhicules suite à des avances sexuelles persistantes. Mon bullshit-o-mètre était à bloc et ma tolérance faible, ce qui m’a probablement préservée d’aventures plus malencontreuses. Ce sont des moments où l’adrénaline est à son plus fort, le risque humain extérieur étant celui que je contrôle le moins. Comment connaître les limites de ce que mon agresseur peut faire ?

J’ai rarement des mésaventures à proprement dit puisque je suis préparée à plusieurs scénarios pour chaque situation. J’ai appris à demander de l’aide pour m’en sortir rapidement.

Environs de Millau, France

Par exemple, j’ai attendu une fois assez longtemps un conducteur slovaque avec lequel je n’avais pas de langue commune, mais qui prétendait se rendre à Prague le soir même. Nous échangions en baragouinant un créole des routes européennes, ce qui ne m’aidait pas à décoder ses intentions. Quand nous sommes finalement partis, le soir tombait et il ne fit qu’une cinquantaine de kilomètres avant de s’arrêter au stationnement frontalier entre la Slovaquie et la République tchèque, c’est-à-dire un immense stationnement de camions sans station-service où beaucoup entraient pour la nuit et très peu en sortaient. Là, il fit mine de me chercher un autre conducteur via la radio, mais ne trouva personne. Le soleil était couché, nous étions dans la pénombre et j’étais donc bloquée avec lui sans pouvoir lui faire confiance. Fumant de rage à l’intérieur, je le remerciai de son aide et me dirigea vers la sortie. Un camion passant près de moi arborait les couleurs de la Turquie. Connaissant l’ouverture des chauffeurs turcs à la pratique de l’auto-stop, je me plaçai directement devant en brandissant mon panneau « PRAHA », lui bloquant le chemin. Il me fit signe de venir le voir et en ouvrant la porte, je lui demandai sa destination en langue turque, ce qui le fit sourire. Ce fut, au final, l’une de mes plus belles expériences.

À quel moment as-tu su que tu étais une passionnée du voyage et que ça ne s’arrêterait plus?

En 2006, j’ai tenté de me sédentariser, de me trouver un projet qui m’ancrerait quelque part. Je me suis intégrée à une nouvelle communauté, j’ai repris les études, entrepris des projets couverts d’honneurs, déniché un boulot de rêve… Après seulement une année de ce régime, j’entamais une jolie dépression qui me ramena sur la route. Ma meilleure copine, une Gabonaise installée en banlieue parisienne, m’invita à y passer quelques semaines. Ce fut le début d’un voyage de près de trois ans…

Île de Baffin au Nunavut, Canada

Si tu avais le choix de déménager demain à l’étranger, dans quelle ville t’établirais-tu et pourquoi?

Sans hésitation, Édimbourg! Mon cœur s’est accroché aux crags et a virevolté sur des céilidh… J’y ai vécu près d’un an dans deux de ses plus pauvres quartiers, Leith et Wester Hailes. Je crois que ce coup de cœur vient du fait que j’ai accepté toutes les aspects négatifs de cet endroit comme la violence, l’alcoolisme, le chômage… Je me suis laissée charmer par l’accent, l’authenticité, le paysage, tous ces éléments bruts et vrais…

Édimbourg est une ville étudiante, dynamique et culturelle, au passé riche et à l’architecture impressionnante où convergent plusieurs vagues d’immigrants ambitieux. La nature est encore tout près de la ville, et quelle nature, quelles colonnes magnifiques!

Quel est l’objet ou l’accessoire dont tu ne pourrais te passer en voyage?

Mon sac à dos, bien évidemment!  Acheté chez Décathlon en France il y a déjà 6 ans, c’est un Forclaz 50 L spécialement conçu pour les femmes, avec dos renforcé, ajustable et aéré (rembourrage en mailles plastiques). Il m’a coûté moins de 100 $! J’aime surtout sa contenance puisque je crois que 50 litres est un volume parfait pour le voyage à long terme. Ça force à voyager léger tout en offrant des possibilités incroyables dans les situations exceptionnelles! J’apprécie aussi de pouvoir ouvrir les poches de côté tout en portant le sac, car elles sont situées le long du corps au lieu d’être sur le dessus du sac comme normalement. Ça demande de se contorsionner un peu, mais c’est faisable et m’a souvent fait économiser du temps en joignant un point de départ d’auto-stop à pied. Son seul défaut est d’être un peu lourd même vide.

Lorsque tu es en voyage, y a-t-il un type d’endroit que tu visites systématiquement dans chaque ville et pourquoi? (Musée, gare, restos indiens, qui sait!)

À vrai dire, non. J’essaie autant que possible de contacter des gens impliqués sur Couchsurfing ou des femmes afin d’être hébergée chez des gens à qui je peux apporter de l’inspiration, des idées, des réponses… Mais mis à part ce côté humain, mes visites se font vraiment au gré de mon intuition.

As-tu prévu des voyages pour l’année à venir? Pourquoi as-tu arrêté ton choix sur ces endroits?

Mes voyages sont toujours déterminés par l’endroit où je m’installe, ma « base ». À partir de la base, je peux réaliser des trajets d’environ une journée d’auto-stop (500-700 km) afin de découvrir de nouveaux coins ou revoir de vieux amis.

Cette année, je m’offre un petit retour aux études à Montréal, en anthropologie. Je veux redécouvrir cette ville où j’ai déjà habité, mais qui a tant changé depuis mon départ. C’est ainsi que je vois l’éventail des possibilités pour cette année : aux États-Unis (que je ne connais guère), les villes de Boston et de New York; au Canada, Sherbrooke, Québec, les Laurentides, la Mauricie, autour de Toronto… Je n’ai pas besoin de me sentir loin pour être en voyage, il me suffit de lever le pouce pour trouver des gens qui sont prêts à me faire découvrir leur culture!

Col d’Entreporte, Savoie, France

Qu’est-ce qui rend le voyage si magique pour toi?

Ce qui me grise, ce sont les trajets. Le défilement des paysages offre tellement de détails pour l’œil comme des routes anciennes, des murets, des habitations vivantes ou abandonnées, des troupeaux d’animaux, des champs cultivés, des usines, des campements…

Et, pendant ce temps, je discute avec les gens dans le train, en auto-stop, en avion même parfois, sur les pistes cyclables ou dans les parcs, avec les boulangères ou les marchands, dans la spontanéité des relations qui se nouent et se dénouent chaque jour… Ça, c’est magique!

Quelle est la meilleure chose que tu aies mangée en voyage et qu’est-ce qui la rendait si unique?

Ouh là! C’est difficile de répondre à des questions absolutistes!

Je m’ennuie des saveurs du Pérou, notamment des anticuchos de corazón, des languettes de cœur de bœuf marinées et grillées au charbon de bois. J’ai souvenir de repas en commun avec les membres du groupe de solidarité internationale dont je faisais partie à l’époque, et juste me rappeler l’odeur de ce plat cuit à la porte du restaurant me met l’eau à la bouche. Je mange peu de viande, mais j’apprécie les plus typiques, surtout lorsqu’elles sont marinées. Le charbon de bois me rappelle mon enfance, mon père cuisinant des brochettes sous le vent des Îles-de-la-Madeleine…

Quelle ville ou quel pays as-tu le moins aimé et pourquoi?

J’ai en horreur la ville de Birmingham, tout comme plusieurs grandes villes industrielles anglaises au sud de Manchester! J’ai été coincée plusieurs heures à Birmingham en me rendant au Warwickshire, et j’ai l’impression que ces villes entassent les gens les uns contre les autres, leur fournissent des centres commerciaux pour assouvir leurs instincts de consommation, mais ne les inspirent pas. J’ai vu des quartiers sales, cheaps, bruyants, des gens pressés, une absence de vision dans l’urbanisme de la ville… J’éviterais d’y retourner à moins d’avoir auprès de moi un fin interprète du patrimoine pour me faire réaliser l’ampleur de l’histoire et des beautés cachées de la ville. Elles étaient cependant trop bien cachées lors de mon passage…

Vienne, Autriche

Merci Anick-Marie!

Suivez de près ses prochaines chroniques de Globestoppeuse!

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1 commentaire

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    Dangereux pour les filles, l’auto-stop? |
    17 juin 2012 à 04 h 56

    […] les techniques douteuses et déconseillées et une entrevue qu’elle a accordée au blogue Moi, mes souliers. Paris-Moscou en […]

  • Commenter

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