mi amor
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Mi amor

Mi amor – Colombie

 

De la Colombie jusqu’au Mexique, on entend résonner ces quelques mots au quotidien, pour tout, l’achat de nourriture, une direction, la météo : pour tout! Ça n’a rien d’une tentative de drague, c’est juste comme ça, l’amour est roi.

Durant mon voyage de 2011/2012 reliant la Bolivie au Mexique, la majorité du temps ce sont des femmes qui ont eu l’audace de venir parler à l’étranger. Pas de peur, pas d’appréhension, pas de gêne. Quelques fois, elles se camouflent derrière leurs lunettes pour cacher les hématomes d’un amour instable. D’autres fois, c’est l’histoire d’une « chienne de vie », d’un cœur balafré : un sale chagrin d’amour et hop! On devient une jeune femme au cœur sec. D’autres fois, le stéréotype « hyper botoxée » genre le monde est à moi et les mecs aussi. Aussi des petites dames dont les années ont poli la sagesse, et également des grassouillettes heureuses sans complexe débordantes de joie (on comprend mieux Botéro!)

Mais il y a aussi et surtout d’autres femmes, simples, qui mènent un combat au quotidien au milieu d’un machisme ambiant. En effet, la majorité de celles que j’ai croisées dégage quelque chose de fort malgré des histoires parfois difficiles : une envie de changer le monde. J’ai pourtant déjà rencontré des femmes de ce genre en France, en Algérie, au Burkina, en Papouasie, etc., mais c’était quelques-unes, là c’est vraiment un ressenti général qui se dégage.

Je suis persuadé que si un jour un changement se produit dans notre société, les prémices viendront d’Amérique latine, et plus particulièrement de ces femmes-là. Qui mieux que la femme sait parler au cœur?

Peut être parviendront-elles un jour à enseigner l’art de la paix à un monde en guerre?

« Las carishinas en bici » – Manifestation pour le droit des femmes (en vélo dans les rues de Quito) – Équateur Jeune Tz’utujil (maya) à l’école – Guatemala Cours d’anglais – Guatemala Chaque culture est une fleur. Avec son propre parfum, son reflet. Comment un jardin quand bien même rempli de roses pourrait-il exprimer sa beauté face à un jardin où une multitude de fleurs différentes parfumerait l’air et où les couleurs se refléteraient les unes sur les autres? Quel plus beau cadeau peut nous faire l’autre que de renforcer notre unicité en étant différent de nous? Instant de vie au Nicaragua

 

Elles ont de 7 à 77 ans, elles sont fatiguées par ce monde qui se suicide, fatiguées d’avoir à se battre au quotidien contre des préjugés débiles, fatiguées mais debout. Elles lèvent la tête au lieu de baisser les bras, elles se battent pour faire changer les choses à leur échelle. C’est ce qui m’a touché : leur noblesse, leur sérénité face aux problèmes. La sérénité des lionnes face à l’agressivité des lions.

Elles aiment le monde qui les entoure, de l’ombre d’un arbre au rayon de soleil qui vagabonde dans leurs cheveux. Elles respirent la jeunesse, la musique, l’art, une existence sans œillères ni calcul, la volonté de faire face aux insultes quotidiennes, de vivre au jour le jour en dehors des valeurs conventionnelles, cherchant à s’épanouir au plus loin du vieux mythe bourgeois du bonheur – l’argent, le pouvoir, la position sociale, le succès. Elles sont amères et libres, laissent vivre leurs couleurs sous la lumière et font ricocher leurs accents entre océan Pacifique et Caraïbes.

Un caractère épicé les anime et quand elles vous parlent, c’est en vous fouillant l’âme d’un regard direct et profond. Leur regard? Il est transporté par des yeux miel brulé, c’est ce qu’il y a de plus fort et de plus vivant dans leur personnalité : leurs yeux.
Elles vous regardent sans ciller avec une insolente fixité. On y perçoit là leur combat quotidien, une larme dans l’oeil une lueur dans le cœur. C’est par cette lueur qu’elles pourront peut-être un jour faire changer les choses.

Elles rayonnent, elles dansent la vie, des toupies virevoltantes comme une flamme au vent, elles vibrent et entrent en transe des cheveux jusqu’à la pointe des pieds aux premières notes de musique. Belles au naturel, elles poétisent la banalité et s’abandonnent à l’instant sans poser, sans s’inventer un rôle : carpe diem – pura vida.

L’art de « lutter » pacifiquement contre le machisme ambiant en Équateur Festival du théâtre (Bogota) – Colombie Art de rue – Mexique

 

Avec force et caractère, elles balancent ses quatre vérités au monde et aux préjugés comme on balance la règle de trois à un cancre. En comprimant la vapeur, on obtient une source d’énergie? Elles ont compris qu’en contrôlant sa colère on peut obtenir une force capable de bouleverser le monde.
Leur arme face à ce monde malade? L’amour!

Convaincre l’adversaire par l’amour. C’est la plus grande force au monde et en même temps la plus humble que l’on puisse imaginer. Elles se battent sans agressivité, murmurent leurs convictions avec des pauses et des accents. Elles murmurent quand les hommes crient.

Quand elles se confient à vous et partagent leurs rêves, leurs philosophies de vie, cela semble si possible que le monde paraît éclairé par un autre soleil.

Pourquoi? Certainement parce que, contrairement aux hommes, leur philosophie ne se base pas sur la pensée, la raison, mais sur les sentiments, le « feeling ».

Elles ne regardent pas l’apparence, c’est le cœur qu’elles sondent.

Elles veulent un autre goût, un autre rythme, une autre musique, et s’enivrer de ce nouveau parfum de vie et de son mets acoustique. Ces femmes m’ont ému, le fait de les voir se battre de façon si noble m’a donné des frissons. Vous savez, le genre de frissons qui vous parcourent quand vous entendez la mer sans la voir, sa puissance que le corps devine. Et bien là, c’est une sensation semblable, on ne voit pas encore le changement, mais j’ai envie d’y croire même si le nombre ne joue pas en leur faveur. Ne suffit-il pas d’une simple bougie pour faire fondre l’obscurité?

 

Les fondatrices du mouvement pour le droit des femmes « las carishinas en Bici » de Quito (Équateur)

 

Clément Burelle
www.clement-burelle.com
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3 commentaires

  • Commenter
    mawoui
    18 février 2013 à 12 h 02

    Quelle belle plume ! Et quel beau regard que celui-ci ! L’amoureuse en moi des pays latins est comblée ! Otra por favor !

    • Commenter
      Jennifer
      18 février 2013 à 10 h 26

      Alors, Clément n’a pas le choix de revenir? 🙂

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    40 destinations incontournables à voir une fois dans une vie!
    15 juin 2019 à 11 h 28

    […] s’il fallait ne retenir qu’un pays parmi ceux que j’ai eu la chance de visiter, la Colombie serait l’heureuse […]

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