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Istanbul, une arrivée nocturne et chaotique

J’ai dormi sur le vol Bratislava-Istanbul. Déjà, mon bref passage en Slovaquie m’avait gentiment préparée à la désorganisation institutionnalisée, mais je n’aurais jamais pu imaginer ce que ce serait de me pointer le bout du nez à Istanbul pour une première fois à deux heures du matin.

À l’atterrissage, je luttais pour garder mes paupières ouvertes tant j’étais fatiguée (vol de nuit!). Le temps était frais et pluvieux, le moment sans doute historique pour moi, mais comment lutter contre le poids de mes paupières? Voyageant seule, je ne pouvais pas me permettre de piquer un somme tranquillement…

Je me suis dirigée dès mon entrée dans l’aéroport vers un petit comptoir fermé coiffé d’un panneau titrant : Visa. Il était vide, et après quelques minutes d’attente, un gros monsieur y est entré avec une grosse mallette, et a commencé à vendre un à un des visas aux nouveaux occupants. Je dis vendre, car c’est un business payant : une Canadienne vaut 45 euros, plus qu’un Australien ou un Européen classique. Le passage à la douane s’est néanmoins fait sans heurt, l’aéroport étant presque désert. D’abord, un arrêt aux toilettes. Assise, j’en ai profité pour transvider mon bagage à main dans mon sac à dos pour n’avoir qu’un seul bagage. La routine.

Airport Terminal

Aéroport Sabiha Gokcen par Bulent LtbaSpotter – Flickr

 

En sortant des toilettes, je constate qu’il y a des contrôles de sécurité sur ma gauche, mais que la porte semble donner vers l’extérieur. Il s’agit en fait de la sécurité aéroport classique, mais sur l’entrée de l’aéroport! Je ne le réalise pas sur le coup et ne pense pas à tout revérifier avant de sortir de l’aéroport. Par contre, réflexe de voyageuse, je repère un distributeur de billets et retire une somme assez élevée en devise locale, pas le plus grand montant suggéré pour les retraits, mais l’autre avant. Je n’ai pas pensé à vérifier le taux de change. D’ailleurs, je ne le fais jamais.

On m’avait dit d’enregistrer mon téléphone mobile à l’entrée au pays et je tente de repérer un kiosque, mais je tombe sur un homme ne parlant pas l’anglais, discute un peu avec lui (non, je ne parle pas turc encore). Au final, je ne le sens pas et décide de laisser tomber. J’aviserai plus tard.

Je sors de l’aéroport et comprends enfin le système de sécurité. Tant pis. Devant moi, une série de bus coach avec des destinations, mais pas Kadiköy où je dois me rendre. Il est 2 h 36 du matin. On me dit de prendre un autre bus et de changer plus loin. Je refuse et pars à l’exploration des environs pour enfin trouver un petit arrêt de bus avec un sigle semblant officiel, une carte et des horaires. Je repère l’horaire du bus pour Kadiköy que j’avais trouvé en ligne. Merde, 2 h 30 ou 3 h 30. Raté.

 

J’étais seule, l’aéroport presque désert et silencieux, dans le noir et la pluie. Je me suis coiffée de mes écouteurs, écouté Norwegian Wood et lu Norwegian Wood. Après une quinzaine de minutes, une tribu de Slovaques est arrivée avec fracas, accompagnée de policiers turcs. Cocasse! La barrière linguistique était évidente et difficile à gérer. J’ai échangé quelques mots avec deux d’entre eux, puis me suis remise à ma lecture.

L’autobus est arrivé à 3 h 25 et la tribu et moi devions nous séparer. Cependant que je montais dans le bus, le chauffeur et son accompagnateur m’ont dit qu’il n’y avait pas de bus pour Kadiköy. « Kadiköy no, Kadiköy no! ». Imaginez la situation : je discute avec le chauffeur en langage « yes, no, sir » pendant que l’accompagnateur discute avec les Slovaques en leur disant qu’ils n’ont plus de bus non plus. Après quelques négociations, on nous fait tous monter dans le bus, indistinctement de notre destination, et sans payer ni préciser de prix. Allez, hop!

Istanbul 19/10/2008

Istanbul par GudikFoto – Flickr

Je tente de contacter Gil, mon hôte, mais mon téléphone refuse obstinément de coopérer. Crédit insuffisant, me dirait-il, s’il pouvait parler. Shit. Bon, j’ai l’adresse et j’ai vu le mot Acibadem sur le bus alors je le répète sans arrêt : au moins, j’atterrirai dans le bon quartier.

Nous passons un grand moment sur l’autoroute et les Slovaques déblatèrent. Un nouveau venu parle slovaque, turc et baragouine l’anglais. Il parle huit langues, me dit-il. J’ai la moitié de son âge et je parle la moitié de ses langues. Après une vingtaine de minutes, on nous fait changer de bus et le premier chauffeur disparaît en me faisant un sourire. Je l’interroge du regard quant à l’argent et il hoche la tête vers le nouveau bus, me faisant signe d’y monter. Il nous a donc amenés là par gentillesse, nous a confiés à un collègue qui nous amènera là où je dois aller, et rapprochera les Slovaques de leur destination. À bord du deuxième bus, on nous demande 3 euros ou 5 liras. J’ai déjà mes liras, ça fait sourire le chauffeur. Nous roulons encore un peu, puis il s’arrête sur une rampe d’autoroute près d’un immense escalier de béton et me dit « Acibadem » en me pointant la direction. « Teşekkür ederim » (merci), lui dis-je en descendant.

Acibadem Metrobus Duragi

Acibadem par tubans – Flickr

 

Il est quatre heures du matin, il pleut et je suis seule dans la nuit : tant mieux. Les taksi me klaxonnent, mais je les ignore. Un abri d’autobus est sur ma voie et une carte me confirme que je ne suis pas très loin de ma destination. Mais alors que je déambule, une voiture de Polis m’interpelle. Merde. Ils ne parlent pas anglais et me font signe de monter, le même signe de tête qui ne se discute pas, celui que m’avait fait le chauffeur de bus. On fait confiance ou on ne le fait pas! J’ai fait. Ils tentent de me comprendre alors que je répète sans arrêt Acibadem dört yeul, l’arrêt de bus où je pourrais me repérer. Ils me mettent en relation avec quelqu’un qui parle anglais par téléphone, mais son anglais est si mauvais que c’est impossible de le comprendre. J’abandonne.

Je reconnais le panneau d’une boutique dont m’a parlé Gil. Je sors l’adresse de ma poche et fais de grands signes aux policiers qui me déposent devant le bâtiment. Gagné! Je les remercie avec excitation et ils disparaissent au bout de la rue en moins de deux minutes. Je sonne… et c’est fini, je suis arrivée à la maison!

Vous voyez, ce n’est pas si difficile, le voyage en solo… 🙂

 

Anick-Marie B.
http://www.globestoppeuse.com

 

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    Hi Jennifer- we met in Istanbul while on food tour with Turkish flavors- your arrival to Istanbul was definitely more exciting than ours although it was at the same time. Hope your return home went smoothly

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