Armavir - Suntrip - Anick-Marie Bouchard - La GlobeStoppeuse
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Entrevue avec une aventurière : Anick-Marie, la Globestoppeuse

En avril, je vous parlais de The Sun Trip : plus de 7000 km de la France au Kazakhstan, le défi, l’aventure, le roadtrip de notre Anick-Marie nationale partie à la conquête des steppes, la seule Nord-Américaine d’ailleurs!

Je sais, je vous en parle beaucoup de ce Sun Trip, mais ce qu’elle a fait (avec brio en plus!), pour moi, c’est ça partir à l’aventure et avoir le courage d’aller au bout de ses limites. Elle fait partie du petit nombre de personnes que j’admire, que je jalouse secrètement (le chat est sorti du sac!) pour son culot, son audace, sa force. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, c’est une héroïne! Je lui ai donc demandé de se prêter au jeu une fois de plus pour répondre à mes questions sur son épopée!

Alors, Anick-Marie, as-tu réussi à terminer le SunTrip et, si oui, en combien de temps? Raconte-nous un peu les grandes lignes! Quels pays as-tu traversés?

Comme le titrait si bien le journal Métro, j’ai fait le tour de mon monde en 80 jours. Partie de France, ma première épreuve fut le passage des Alpes via le col du Petit Saint-Bernard au sommet duquel je me suis effondrée en larmes avant de me jeter dans la neige. En Italie, j’ai parcouru le Val d’Aoste et la plaine du Po avant d’entrer en Slovénie par les collines du sud. J’ai été confrontée aux cicatrices de la guerre dans le nord de la Croatie et aux tensions encore présentes en Serbie, puis j’ai longé le fleuve Danube côté roumain avant de piquer au sud vers la côte bulgare. C’est là que le système électrique de mon vélo solaire est tombé en panne et que j’ai perdu une dizaine de jours avant de reprendre la route plein sud. La traversée de la Turquie d’ouest en est marquait un premier passage de l’Europe à l’Asie qui s’est répété lorsque j’ai contourné par le nord les montagnes du Caucase, en Russie. Enfin, le passage du fleuve Oural et les troupeaux de chameaux ont marqué mon séjour asiatique au Kazakhstan, jusqu’à joindre la capitale Astana, 2200 kilomètres plus loin.

Avais-tu le temps de faire un peu de tourisme?

Pas trop! J’arrivais à « destination » entre 18 et 21 heures, ce qui me laissait à peine le temps de rencontrer mes hôtes et de passer un bon moment avec eux. Si j’arrivais plus tôt ou si je choisissais de prendre un jour de congé, c’était une autre histoire. J’ai eu le temps de visiter ainsi Padoue, Bourgas et la côte bulgare de la mer Noire, Samsun et quelques villes russes et kazakhes puisque j’y voyageais au ralenti : Maykop, Armavir, Elista, Astrakhan, Atyrau, Aktobe et, bien sûr, Astana.

Le voyage en vélo est une forme de tourisme incongrue en soi. On ressent bien le trajet, le paysage, la faune et la flore de bord de route… J’ai à présent de bons souvenirs du relief et des conditions climatiques de chaque tronçon, car j’ai remarqué des choses que je ne vois pas lorsque je me déplace en stop, en bus ou en train. C’est une perspective enrichissante!

Combien étiez-vous à relever le défi?

Nous sommes partis à 31 aventuriers, car deux inscrits n’ont pas pu nous rejoindre sur la ligne de départ. L’arrivée s’est échelonnée sur deux mois, et nous sommes 20 à l’avoir rejointe.

Comment était la relation avec tes concurrents? As-tu parcouru certaines étapes avec eux?

Le passage obligatoire du col du Petit Saint-Bernard nous a fait nous rencontrer plusieurs fois dans le Val d’Aoste en Italie. Puis, nous nous sommes lentement dispersés et nos chemins se sont moins croisés. Il m’est arrivé souvent d’être vue par d’autres participants sur ma route, notamment par les Belges et Tom Papay (le handibike), en Slovénie, à Belgrade… C’est dommage, car moi je ne les voyais pas!

Juste avant l’entrée au Kazakhstan, j’ai recroisé ceux qui fermaient avec moi la course : Elvira et Christian sur leur tandem. Quand j’ai vu qu’ils n’étaient qu’à 40 kilomètres de la capitale kalmouke (une république bouddhiste de Russie), j’ai pédalé 140 kilomètres sans prendre de pause… Nos retrouvailles à Elista débordaient d’émotion! Je leur suis tellement attachée! Nous avons parcouru 300 kilomètres conjointement, nous entraidant dans la recherche de nourriture et d’hébergement, puis nous nous sommes séparés, car nos visas kazakhs ne démarraient pas au même moment.

J’avais un lien en ligne très fort avec Cédric Vinatier AKA le dragon. Nous n’étions pas sur le même itinéraire, mais nous étions là l’un pour l’autre dans les difficultés. Il m’a d’ailleurs attendue à l’arrivée! J’ai senti un lien très fort avec d’autres participants, et j’ai très mal vécu les abandons. Je faisais mieux face à l’éventualité de mon échec qu’à celui des autres qui m’avaient encouragée depuis le début.

As-tu eu des difficultés techniques ou physiques?

Mon gros défi a été un bris majeur en Bulgarie : de l’eau s’est infiltrée dans le contrôleur de mon moteur, ruinant la carte électronique et créant un court-circuit.

Contrôleur de moteur - Suntrip - Anick-Marie Bouchard - La GlobeStoppeuse

 

Non seulement j’ai dû avancer trois jours sans moteur, mais j’avais aussi des montagnes à passer. Arrivée sur le bord de la mer Noire, j’ai pu trouver de l’aide et on a identifié le problème. Un nouveau contrôleur m’a été envoyé par la poste – j’ai perdu près de dix jours, ce qui m’a rendue très nerveuse, car les dates de mes visas (Russie et Kazakhstan) ne pouvaient pas être changées. C’est d’ailleurs le problème des visas qui a forcé l’abandon de deux participants… J’ai tenté le tout pour le tout en rattrapant les jours perdus de façon systématique, et ça m’a sauvée!

Sur le vélo, le matériel a généralement bien tenu, mais vers la fin les rayons de ma roue avant se cassaient. J’ai eu beaucoup de crevaisons après les premiers quatre mille kilomètres, mais ça se gère bien.

Sur le plan physique, j’ai connu un peu de tout. Outre la douleur constante aux genoux, j’ai fait une allergie au soleil, j’ai fait deux chutes dont une m’a laissée avec une côte fêlée, j’ai eu un insecte dans l’œil gauche, une tourista, des coups de soleil… Mais j’ai toujours été en mesure de continuer.

Quel a été le moment le plus touchant de l’aventure?

Je pense que mon plus beau moment, c’est la journée de repos que j’ai prise à Armavir, une petite ville arménienne de Russie. Accueillie par une famille, j’ai eu droit à l’invitation à manger avec la Baboushka (mamie) qui a tué un de ses lapins pour l’occasion. On l’a surnommée la « Killer Mamie »! Diédoushka (papy) réparait mon vélo avec le cousin Albert, chanteur d’opéra. J’ai vraiment eu l’impression d’être adoptée dans cette famille et d’y faire de charmantes découvertes!

Armavir - Suntrip - Anick-Marie Bouchard - La GlobeStoppeuse

Et celui que tu voudrais simplement oublier?

L’accident de voiture triplement mortel qui s’est produit vingt minutes avant mon passage, à 100 bornes d’Oural, et où le cadavre disloqué gisait sur la route. C’est une vision qui m’a marquée, bien que je n’aie jamais réussi à comprendre comment je me sentais. On se sent toute petite sur la route, des êtres de carton dans une onde de béton…

Combien faisais-tu de kilomètres par jour?

J’ai roulé 64 jours sur les 80. Ma moyenne par jour roulé est de 128 kilomètres, mais ça inclut des demi-journées et les jours sans moteur en Bulgarie. Ma moyenne quotidienne en conditions normales est de 147 kilomètres.

Où dormais-tu?

J’ai dormi d’abord en CouchSurfing, puis dans les auberges de jeunesse et des petits hôtels quand ça n’était plus possible. J’ai campé, mais rarement – j’y voyais un risque accru en étant seule. J’ai pu goûter à l’hospitalité spontanée à partir de la Russie. Les gens sont très accueillants et m’invitaient parfois même simplement à partager un repas avec eux, comme si j’étais une invitée de marque. J’ai dormi plusieurs fois dans des endroits incongrus comme des casse-croûte, des wagons, une penderie, un camping-car allemand…

Quel est le budget d’une telle épopée?

Dans mon cas, l’aventure aura tourné autour de 18 000 $, avec plus de 7500 $ pour le vélo, mais aussi près de 5000 $ pour mon prototype inachevé demeuré au Québec. S’ajoutent à ça le transport en avion, l’assurance, le matériel de camping, les outils, etc.

Que feras-tu de ton vélo?

Houbi est stockée à Chambéry en France, et elle est à vendre! J’ai aussi des pièces à vendre au Québec, puisque je ne les ai jamais utilisées. Comme j’ai dû acquérir mon vélo à la dernière minute (c’était un plan B), j’ai dû emprunter les 7500 $ et je cherche maintenant à les rembourser.

Y a-t-il une morale à cette aventure ou de grands mots d’aventurières à partager?

Mon motto était « Un coup de pédale à la fois ». C’est devenu une philosophie de vie. Je suis devenue une aventurière à coup de petites aventures, on devient riche avec des cennes et avec des piasses, il est rare que l’on obtienne un succès très subitement. Il faut savoir être combattive pour avancer et persévérer, et puis s’amuser en célébrant les petites réussites.

Et maintenant, quels sont tes projets d’avenir?

Je souhaite publier sous peu mon aventure en e-book, puisque j’ai remporté le prix du jury pour le meilleur blogue. Je repars vers Montréal pour me poser et préparer la deuxième édition de La Bible du grand voyageur et suivre quelques cours d’anthropologie à l’université. J’ai une énorme envie de lire, car le temps m’a manqué pendant l’année de préparation au SunTrip!

Merci Anick-Marie! Pour en découvrir plus à son sujet, toutes ses chroniques sont ici!

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2 commentaires

  • Commenter
    Maman Globe-trotteuse
    12 janvier 2014 à 03 h 49

    Inspirant ! Re-Bravo ! On a hâte de suivre la prochaine aventure….

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