Conseils pour voyageuses aventurières 4

Dans la série des meilleurs conseils de sécurité de la Globestoppeuse pour baroudeuses :

4. Étendre progressivement sa zone de confort

Quelques-unes d’entre nous semblent se sentir à l’aise en toute circonstance : telles des Lara Croft ou des Xena guerrières, elles semblent se lancer sans entraînement dans la jungle amazonienne, machette à la main, pistolet Taser à la ceinture… Mais les aventurières « de naissance » sont assez rares, pour ne pas dire tout à fait mythiques. Toutes passent (plus ou moins vite) par divers niveaux de difficulté en fonction de leurs aptitudes, de leurs expériences, du contexte, de leur condition physique, etc.

Une notion intéressante est celle de « zone de confort ». Dans la zone de confort, vous effectuez des tâches de la vie de tous les jours : faire la vaisselle, vous rendre au supermarché, vous rendre au travail, adhérer à une association… Rien de bien palpitant ni aventureux. Deux zones se trouvent cependant au-delà de votre zone de confort : la zone de défi et d’apprentissage et la zone de danger. Dans la première, vous ne vous sentez pas tout à fait à l’aise, par exemple au moment d’apprendre une langue ou d’apprendre à conduire. Vous faites face à quelque chose de nouveau, vous prenez quelques risques bien que la situation soit sous contrôle. Dans la zone de danger, vous êtes carrément immédiatement vulnérable à la situation extérieure : vous êtes dans un contexte inconnu et tout représente potentiellement une agression ou un danger.

Sortir de sa zone de confort permet d’apprendre et d’intégrer ces apprentissages dans la zone de confort, l’élargissant progressivement et repoussant par le fait même la zone de danger : on devient progressivement à l’aise avec une plus grande variété de situations sans trop s’exposer au danger.

Mes premières expériences de glanage urbain (aussi connu sous le nom de dumpster diving ou skip diving) montrent bien comment j’ai repoussé les limites de ma zone de confort en 2009. J’avais côtoyé des gens qui fouillaient dans les poubelles des marchés et récupéraient de la nourriture pour la consommer ensuite, mais je n’avais jamais moi-même brisé la glace. Je m’étais arrêtée à l’étape de récupération des meubles et menus objets sans passer à la nourriture.

Dumpster diving par Sigurdas – Flickr

 

Voyageant pour une rare fois avec un autre néo-nomade, je le savais vivre et barouder presque sans argent, récoltant sa nourriture dans les poubelles urbaines. Je lui ai donc demandé de me montrer comment faire. « Évidemment, de toute façon, il faut manger ce soir, non? » Passer au supermarché ne lui avait même pas effleuré l’esprit : le glanage urbain était tout à fait dans sa zone de confort. Je me sentais donc suffisamment encadrée pour passer dans la zone de défi et d’apprentissage.

Lorsque notre dernier conducteur nous fit descendre au beau milieu de Perpignan, il se dirigea d’instinct vers une boulangerie. « Il est 18 heures », me dit-il, « normalement les boulangers sont fermés et ont jeté les invendus du jour. » De ses grands bras, il semblait pelleter mécaniquement la benne, tâtant ici un sac, l’ouvrant là jusqu’à ce qu’il en trouve un qui contienne quelques baguettes en plus des papiers cirés recouvrant normalement les étals. « Surtout, qu’il n’y ait pas de marc de café ou de cendres de cigarette dans la poubelle, c’est mauvais signe. » Les pains étaient intacts. Il les mit dans sa besace et se remit en route. Je le suivis.

Près d’un supermarché, il recommença son petit jeu, mais un commis vint nous faire signe de déguerpir. Il ramassa une pomme au fond du bac, grommela un peu, mais nous passâmes notre chemin. La poubelle suivante fut digne d’Ali Baba : des denrées non périssables comme des pâtes, des boîtes de tomate, des multivitamines et aliments naturels, de l’huile, etc. « Un déménagement sans doute », me dit-il simplement, « les gens préfèrent jeter que déplacer de la nourriture ». Fouillant dans un conteneur à la fois domestique et commercial, nous trouvâmes des fruits et légumes et même du chocolat en tablettes non entamées. Il y avait de quoi luncher, mais aussi préparer le repas de ce soir chez notre hôte CouchSurfing.

 

Les récoltes de Zane Selvans – Flickr

 

Lorsque nous nous séparâmes, je me mis à repérer les poubelles des petits marchés et à oser farfouiner dedans, furtivement, mais aussi parfois au grand jour. À une époque, au Québec et en hiver, j’y allais une fois par semaine, me forçant ainsi à développer une compétence qui me permet à présent de vivre avec moins, économisant pour vivre plus longtemps sur la route, mais aussi m’intégrant dans des réseaux de solidarités qui m’étaient autrefois inconnus.

 

Anick-Marie B.
http://www.globestoppeuse.com

 


À propos de Anick-Marie Bouchard

Auteure de la Bible du Grand Voyageur, Anick-Marie parcourt la planète sur le pouce à la recherche de manières alternatives de voyager. Son projet le plus récent l'a menée à vélo solaire de la France jusqu'au Kazakhstan. Pour en savoir plus, visitez son site Web, son Facebook, son fil Twitter ou son profil Google+.