Conseils pour voyageuses aventurières 3

Dans la série des meilleurs conseils de sécurité pour les baroudeuses :

Nouveau-Brunswick par Martin Cathrae – Flickr

3. Faire preuve d’assurance

La façon dont on parle, dont on se présente et dont on gère les conversations a beaucoup d’influence sur la probabilité qu’un pépin nous arrive. Des recherches en criminologie tendent à démontrer que les crimes contre les auto-stoppeurs sont en grande partie des crimes d’opportunité, c’est-à-dire que le conducteur (ou parfois le passager) n’a pas d’intention criminelle au moment de prendre l’auto-stoppeur, mais que celle-ci se développe au fil de la conversation. Je crois que cette situation est la même dans de nombreuses circonstances de voyage. Les experts de l’autodéfense semblent s’entendre sur le sujet également : projeter de l’assurance diminue le risque d’agression puisque les agresseurs cherchent généralement une victime facile.

Quelques comportements qui dégagent de l’assurance : marcher la tête haute et le corps droit, d’un pas rapide et ferme, vous objecter rapidement et d’une voix forte quand on outrepasse vos limites, éviter les signes de panique, s’abstenir de pleurer, etc. Il est utile d’avoir des réponses toutes prêtes à certaines questions : où vas-tu? Voyages-tu seule? Es-tu mariée? As-tu une arme sur toi? T’as peur de te faire agresser? Veux-tu m’embrasser? Est-ce que le sexe, c’est ok? Ces questions peuvent être employées pour vous sonder, vous déstabiliser, ou même juste pour information, sans mauvaise intention. Votre réponse peut cependant être déterminante pour la suite des choses.

L’hiver par Phil Grondin – Flickr

J’ai alors essayé de changer de sujet, lui parlant des raisons pour lesquelles les gens me prennent, notamment du fait qu’un routier m’ayant pris récemment m’avait raconté une partie singulière de sa vie : il avait été emprisonné aux États-Unis pour blanchiment d’argent. Il écrivait un livre sur le sujet. Il y a deux ans, au mois de février, je faisais du stop en campagne québécoise, direction Edmundston, Nouveau-Brunswick. Près du lac Témiscouata, il n’y avait pratiquement pas de véhicules et il faisait très froid, au moins -25 °C. Un camionneur s’est arrêté pour me prendre. Moins de cinq minutes après mon arrivée à bord, il se mit à me faire des compliments sur mon corps. Je le remerciais sans plus, sur mes gardes. À un moment donné, il a posé sa main sur ma cuisse. J’ai réagi très rapidement: « Ôte ta main immédiatement. » Mon ton n’invitait pas à la discussion. « Si tu m’as pris pour avoir du sexe, dis-toi bien que c’est hors de question, c’est contre mon éthique de voyage. Tu peux me déposer ici si ça ne te convient pas. » Le routier se mit tout de suite sur la défensive en s’excusant et en disant que c’était bien dommage. Il y avait un malaise dans l’air, mais il ne voulait pas me faire descendre pour autant. Entre quelques instants de silence, il disait que c’était dommage parce que j’étais une si belle fille et qu’il s’attendait à se faire rabrouer. Il commençait à franchement m’énerver – ce que j’appelle mon bullshit-o-mètre allait atteindre sa limite.

Snow up to the seat!

Un peu de neige par WarriorMare – Flickr

Mon conducteur est devenu silencieux et sérieux à ce moment. « En fait, moi aussi j’ai une histoire, mais avant de te la raconter, je veux d’abord que tu comprennes que tu peux me demander à tout moment de descendre, et je vais m’arrêter. Est-ce clair? » J’étais curieuse. Quelques instants auparavant, il ne me semblait guère vulnérable, mais soudainement, il m’apparaissait comme un homme fragile. J’avais vraisemblablement le contrôle de la discussion à présent. « Oui, parfaitement », lui dis-je. « J’en suis pas fier, mais moi aussi, j’ai fait de la prison. J’ai fait 10 ans en-dedans. J’ai tué un homme… » Un ange passe. « Est-ce que tu veux quand même rester avec moi et entendre la suite? » J’ai pris une grande respiration et j’ai songé que je n’étais pas plus en danger maintenant qu’avant de connaître cette information. Ne pensant jamais vivre moi-même cette expérience de la vie, je l’ai alors invité à me raconter la suite de son histoire.

C’est l’une des expériences de voyage qui m’a le plus marquée.

 

Anick-Marie B.
http://www.globestoppeuse.com


À propos de Anick-Marie Bouchard

Auteure de la Bible du Grand Voyageur, Anick-Marie parcourt la planète sur le pouce à la recherche de manières alternatives de voyager. Son projet le plus récent l'a menée à vélo solaire de la France jusqu'au Kazakhstan. Pour en savoir plus, visitez son site Web, son Facebook, son fil Twitter ou son profil Google+.
Étiquettes : , , ,