Conseils pour voyageuses aventurières 2

Dans la série des meilleurs conseils de sécurité pour les baroudeuses :

2. Se préparer mentalement

Il y a quatre degrés principaux dans les techniques d’auto-défense : l’évitement, la gestion de conflit, la fuite et la confrontation physique. La préparation mentale permet une plus grande efficacité à tous les degrés. C’est donc un investissement majeur à faire pour sa propre sécurité. Se préparer mentalement, c’est imaginer et prévoir ses réactions dans une myriade de situations en fonction du contexte. Même si ces situations demeurent largement hypothétiques, le fait de les envisager sérieusement permet d’être moins prise au dépourvu si une situation dangereuse se présente : ayant déjà visualisé la marche à suivre dans des situations semblables, vous serez plus à même de garder votre calme et de réagir rationnellement. Les femmes qui voyagent devraient au minimum se préparer à la perspective du harcèlement sexuel, notamment en s’informant sur leur pays de destination. Celles qui font de l’auto-stop devraient se préparer à se faire offrir ou demander des faveurs sexuelles ou à quitter le véhicule, tout en se confrontant à de pires éventualités.

Cappadocia trip

À la suite de mon kidnapping en Allemagne, j’ai repris la pratique de l’auto-stop avec une grande lucidité et en préparant chaque voyage avec minutie (détails du trajet, contacts en route, stations-service, etc.). J’avais toutefois envie de reprendre l’aventure plus loin et j’ai pourchassé mon destin à travers la Turquie (eh oui, pour un homme, ou du moins pour un prétexte!). J’ai toutefois réalisé qu’il me faudrait une bien meilleure préparation mentale que pour faire du stop au Canada, en France ou en Allemagne…

Au travail, j’avais beaucoup de temps pour réfléchir. J’ai commencé par visualiser un kidnapping où l’on me tuait, puis j’en ai fait des variantes dans mon imaginaire. Au début, dans ma tête, je mourais tout le temps, mais après un moment, j’ai commencé à y survivre, en piteux état, mais tout de même! L’exercice était très éprouvant au niveau émotionnel, ça en était une obsession! De fil en aiguille, je commençais à visualiser toute une série de détails : je frappe ici et je m’enfuis comme ça, j’agis comme ci, je parle comme ça. J’ai procédé ainsi jusqu’à ce que mon imaginaire me fasse survivre en conservant mon intégrité physique. J’étais épuisée, mais j’avais la conviction d’avoir acquis des réflexes de survivante.

Les deux premiers jours où j’ai fait de l’auto-stop en Turquie, j’ai dû quitter un véhicule. La première fois, l’homme avait tenté par deux reprises d’avoir mon attention/affection et j’ai quitté au troisième coup de bullshit-o-mètre. Il avait fait un détour pour me montrer des caravansérails et au troisième, je suis partie vers la route sans me retourner. Il a repris la voiture pour aller m’attendre sur la route, mais je me suis arrêtée avant de m’y rendre, hurlant : « Tesekkür ederim » (merci, dans le sens de non merci). Quand il eut quitté, j’ai relevé le pouce.

Caravansérail d'Agzikarahan

Le deuxième homme était un routier qui m’avait convaincue de me cacher sur la couchette arrière le temps de passer une intersection, prétextant qu’il ne pouvait y être vu avec une femme. J’avais retiré mes souliers et je m’étais allongée, luttant contre le sommeil. Au premier ralentissement du camion, j’ai resauté sur mon siège, mais le routier très nerveux se mit à détacher sa ceinture en criant mon nom: « Anick! Sex, problemı? » « Sex yok! Evet, problem! » (Du sexe, non! Oui, il y a un problème! ». Il me fit signe de sucer seulement, ou même juste de regarder tout en continuant à défaire son pantalon. «  No, Anick! » Moi, je remettais mes souliers en vitesse, prenant tout de même le temps des les lacer, en lui disant d’une voix calme et assurée : « Hayır, istemiyorum » (Non, je ne veux pas.). J’ai pris mon sac, ouvert la porte et je suis sortie en le laissant derrière, paniqué. Il faisait des appels de phare et semblait me promettre de m’amener sans problème, mais je me suis éloignée tranquillement, me dirigeant vers la route. Il me rappela pour me donner une carte que j’avais oubliée dans son camion. Je l’ai remercié et je suis partie, l’esprit calme comme une mer d’huile.

Les conducteurs turcs furent mes meilleurs, mais aussi mes pires…

Anick-Marie B.
http://www.globestoppeuse.com

Source des photos : Camera on autopilot et zamito44  (cc)


À propos de Anick-Marie Bouchard

Auteure de la Bible du Grand Voyageur, Anick-Marie parcourt la planète sur le pouce à la recherche de manières alternatives de voyager. Son projet le plus récent l'a menée à vélo solaire de la France jusqu'au Kazakhstan. Pour en savoir plus, visitez son site Web, son Facebook, son fil Twitter ou son profil Google+.
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